Salon d'art contemporain ou galerie ?


Vous êtes artiste et souhaitez savoir quelles solutions sont les mieux adaptées pour exposer votre travail et vendre vos oeuvres ?


Il n'y a pas de règle.


Sachez simplement que si vous vous lancez dans une activité de peinture, ou n'avez que très peu exposé, vous aurez certainement plus de chance de vous faire connaître sur des salons, car ils sont naturellement visités par un très grand nombre de personnes (5 à 30.000 sur 3 à 4 jours, selon le salon et la localisation). Faire venir des visiteurs en galerie est plus compliqué, notamment lorsqu'il s'agit de vos premières expositions personnelles. Lorsque vous démarrez et souhaitez exposer en galerie, mieux vaut donc privilégier les expositions de groupe, afin de capter plus de visiteurs.


1) Si vous participez à un salon en tant qu'artiste-exposant :

  • Vous devez obligatoirement être affilié à la Maison des Artistes, c'est-à-dire être référencé comme "Artiste Professionnel" ;

  • Vous devez adresser un dossier de candidature à l'organisateur du salon. Ce dossier comprend généralement : votre biographie, vos coordonnées mentionnant votre n° de SIRET, des photos de vos tableaux (notamment ceux que vous souhaitez exposer, car il existe parfois un jury de sélection), un texte présentant votre démarche artistique, vos références (expositions, prix de peinture,...), un justificatif de votre affiliation à la Maison des Artistes, la copie de votre assurance exposition "hors-les-murs",... ;

  • Vous devez payer à l'organisateur du salon les frais d'exposition (la surface d'exposition souhaitée se calcule en mètres linéaires pour les peintres et photographes, mais en surface au sol pour les sculpteurs), ainsi que les prestations annexes (lumière, électricité, mobilier d'appoint,...). Un acompte de 50% est souvent demandé lors de la réservation du stand. Attention : sauf cas exceptionnel ("force majeure"), aucun remboursement n'est consenti en cas d'annulation de la part de l'exposant. Or, les réservations de stands s'effectuent généralement 1 an à l'avance. Assurez-vous donc de votre disponibilité aux dates du salon, prévoyez une solution de secours (ex : quelqu'un qui vous remplace en cas de maladie) et, dans tous les cas de figure, lisez bien les conditions générales et particulières d'exposition !

Avantages :

  • L'organisateur se charge de la promotion du salon de façon globale et vous fournit le nombre d'invitations souhaitées pour inviter vos relations. Vous n'avez qu'à faire savoir que vous participez au salon par voie de newsletter ou de posts sur les réseaux sociaux ;

  • Vous êtes libre de proposer aux visiteurs un espace d'information sur votre travail (cartes de visite, flyers, brochures, marque-pages, produits dérivés,...) et d'inviter les visiteurs à se rendre sur votre site internet pour y découvrir toutes vos oeuvres. Un conseil, cependant : louez une armoire à clef pour y stocker toute cette documentation la nuit, lorsque le salon est fermé. Ne laissez rien sur les tables, car le personnel de ménage pourrait les jeter :-/

  • Vous vendez vous-même vos oeuvres et ne payez donc aucune commission. C'est vous qui négociez en direct. Vous êtes donc libre, si vous le souhaitez, d'accorder une remise à certains clients ou des conditions de paiement spécifiques. Dans tous les cas de figure, vous devez adresser vous-même à vos clients les factures et certificats d'authenticité et (si remise il y a sur votre tarif "atelier", vous devez le mentionner sur la facture).

Inconvénients :

  • Vous vous chargez seul de l'accrochage et du décrochage des oeuvres (ce qui demande un peu d'expérience et surtout pas mal de logistique) et c'est aussi à vous de payer la réalisation ou l'aménagement de votre stand ;

  • Vous devez être présent pendant toute la durée du salon. Par expérience, ce n'est pas toujours simple, car on a parfois besoin de s'absenter et qu'il n'est pas recommandé de laisser son stand sans surveillance. Il est donc plus prudent de participer au salon accompagné d'une autre personne... ou bien de partager son stand avec un autre artiste (exemple : artiste-peintre + sculpteur), en veillant à ce que les oeuvres forment un ensemble cohérent, voire complémentaire. Ainsi, vous pouvez vous absenter plus facilement, en cas de besoin. En outre, comme vous avez deux disciplines distinctes (peinture + sculpture), vous ne vous faîtes pas de concurrence en tant qu'artistes. C'est donc une relation "gagnant-gagnant";

  • Vous devez payer et organiser vous-même votre vernissage ;

  • Si vous vendez une oeuvre, vous devez avoir sur place de quoi l'emballer (papier bulles) pour la protéger et la transporter. Parfois, des organisateurs de salons proposent ou offrent cette prestation aux artistes.

2) Si vous exposez sur un salon, par l'intermédiaire d'une galerie :

  • À moins que la galerie ne vous connaisse pas du tout, vous n'avez pas à proposer de dossier de candidature, juste à envoyer à la galerie la liste et les photos des oeuvres que vous souhaiter exposer, ainsi que les tarifs "atelier", auxquels la galerie ajoutera sa marge ;

  • Vous payez les frais d'exposition directement à la Galerie (soit en mètres linéaires, soit en nombre d'oeuvres accrochées, sans passer par l'organisateur du salon).

Avantages :

  • La galerie se charge de l'accrochage et du décrochage des oeuvres, de leur surveillance durant les heures d'ouverture du salon ainsi que du vernissage de l'exposition, que vous n'avez donc ni à organiser, ni à payer ;

  • Vous n'avez pas l'obligation d'être présent pendant la durée du salon. En effet, c'est la galerie qui est chargée de promouvoir et vendre vos tableaux. Il est cependant recommandé d'assister au vernissage, afin de présenter vous-même votre travail ;

  • En dehors de votre propre communication (réseaux sociaux, newsletter,...), vous n'avez pas à vous charger des actions de promotion, ni même à réaliser les cartons d'invitation. La galerie vous fournit le nombre d'invitations souhaitées (les cartons sont fournis par l'organisateur du salon, mais la galerie y inscrit souvent ses coordonnées) et vous n'avez qu'à les diffuser auprès de votre réseau.

Inconvénients :

  • Vous ne pouvez parler vous-même de votre travail aux visiteurs. Il est donc recommandé de bien documenter la galerie qui vous représente (démarche artistique, etc...) ;

  • Il se peut que l'accrochage de vos oeuvres ne vous convienne pas, ou que la proximité avec les tableaux d'un autre artiste de la galerie, d'un style totalement différent du vôtre (ou pire : trop semblable !) desserve votre travail. Par expérience, les visiteurs d'un même stand s'attendent à y trouver une même gamme de prix de vente des oeuvres en fonction de leur taille... Or c'est rarement le cas ;

  • Vous n'êtes pas référencé sur le salon en tant qu'artiste exposant (donc votre nom n'apparaît pas à la rubrique "Exposants") ; c'est la galerie qui vous représente qui est référencée et peut (ou pas) afficher le nom des artistes qu'elle représente ;

  • Vous ne pouvez laisser de documentation à disposition des visiteurs et votre nom est rarement affiché à côté de vos tableaux. Les galeries qui vous représentent étant responsables de la vente de vos oeuvres, elles ne souhaitent généralement pas (et cela est bien normal !) que les clients potentiels aillent sur le site internet de tel artiste pour le démarcher en direct... ;

  • En cas de vente, vous payez 20 à 50% de commission à la galerie qui vous représente. C'est elle qui est chargée de facturer les clients. Attention : pour votre déclaration d'impôts, pensez à demander à la galerie, lorsqu'elle vous règle votre part, un document affichant clairement le nom, la taille et la technique des oeuvres vendues, ainsi que le montant qui vous revient, et non le prix de vente réel de l'oeuvre. Sinon, vous seriez lésés.

3) Si vous exposez en galerie :

  • La première fois, vous devez remettre à la galerie votre "book" (photos de vies oeuvres), votre démarche artistique, etc... un peu comme s'il s'agissait d'un dossier de candidature pour un salon ;

  • Soit vous payez des frais d'exposition/de location plus ou moins élevés (soit en mètres linéaires, soit en nombre d'oeuvres, soit par salle d'exposition et en fonction d'une durée définie) et la galerie prend une faible commission (10 à 20%) sur la vente de vos oeuvres ;

  • Soit vous ne payez pas de frais d'exposition/de location, mais la galerie prend une commission plus importante (généralement 50%) sur la vente de vos oeuvres ;

  • Pour ce qui concerne l'accrochage et le décrochage des oeuvres, leur surveillance, votre présence sur le lieu, l'organisation du vernissage et le travail de promotion,... les règles sont les mêmes qu'au point 2.

  • À savoir : les galeries contactent généralement elles-mêmes les artistes qui les intéressent. Inutile de les démarcher, notamment si vous débutez dans le métier : cela n'est pas toujours bien venu, à moins que votre style corresponde exactement à celui prôné par la galerie ou que cette galerie ait pour spécialité, la découverte de nouveaux talents.

Avantages :

  • Les galeristes sont non seulement des professionnels de l'art (ils connaissent mieux que quiconque le marché, les tendances,...), mais ce sont souvent aussi des passionnés. S'ils apprécient votre travail, ce seront d'excellents ambassadeurs et prescripteurs ;

  • Les galeristes possèdent leurs propres fichiers de clients (collectionneurs potentiels, particuliers passionnés d'art, entreprises, etc...). En passant par leurs services, vous y gagnez donc largement ;

  • Durant l'exposition, c'est l'assurance de la galerie (souvent plus intéressante que celle des artistes) qui est prise en compte pour les oeuvres que vous exposez.

  • Vous n'avez pas à être présent(e) sur place lors des expositions, seulement pour le vernissage. Mais cela n'est pas indispensable non plus. Personnellement, habitant à Paris et ne pouvant me déplacer en permanence, c'est le choix que j'ai fait pour exposer régulièrement à l'international. J'envoie mes tableaux et mes supports de promotion aux galeries qui s'occupent ensuite de tout (accrochage, promotion, surveillance,...) et me renvoient les tableaux non vendus, une fois les expositions terminées. Il ne me reste qu'à gérer les problèmes de logistique (emballage et emballage des oeuvres A/R, déclarations douanières et autre "paperasse"...).

4) Si vous louez un espace pour exposer :


Organiser vous-même votre propre exposition personnelle dans un espace dédié est la solution la plus coûteuse. C'est aussi la plus risquée.

  • La location de l'espace souhaité, peut revenir vite très cher en fonction du quartier et de la durée (à titre d'exemple, j'ai payé une de mes dernières expositions personnelles 3.000 € pour 3 semaines, hors frais de communication, de logistique et de vernissage... pour un retour sur investissement quasiment nul, car les rues de Paris étaient paralysées par les mouvements sociaux et grêves des transports....) ;

  • Vous devez bien réfléchir à vos dates d'exposition en tenant compte de la programmation culturelle locale, notamment sur Paris, où il se passe tous les jours quelque chose. Dans la mesure du possible, évitez les vernissages le week-end (soit à partir du Jeudi soir depuis la mise en place de la règlementation sur les "35 heures" ;-)

  • Vous devez gérer vous-même l'accrochage, la surveillance et le décrochage des oeuvres et être sur place durant toute la durée de l'exposition ;

  • Vous êtes seul(e) responsable de la réalisation et de la diffusion de vos cartons d'invitation et autres supports de promotion, notamment communiqués et dossiers de presse >>> Pour plus d'informations, je vous invite à lire mon article "10 étapes pour promouvoir son exposition".

  • Vous devez vous charger seul de l'organisation du vernissage : faire appel à un traiteur (ou préparer vous-même tout cela, mais attention à respecter les mesures d'hygiène !), louer du mobilier (réfrigérateur, tables,...) ;

  • Vous devez souscrire une assurance spécifique pour l'exposition de vos oeuvres et vous assurer que l'espace loué corresponde parfaitement à la règlementation en terme d'accueil et de sécurité du public ;

  • Si (comme moi) vous diffusez de la musique lors de l'exposition afin de créer une ambiance spécifique, pensez à adresser une déclaration à la SACEM et à vous acquitter des droits. Un article sera bientôt disponible sur mon blog à ce sujet.

  • Si vous n'avez pas encore de références, de clients, ni de carnet d'adresses pour inviter d'éventuels acheteurs ou faire se déplacer des journalistes et bloggeurs influents, il vous sera certainement difficile d'attirer du monde.

En résumé...


Exposer s'apparente à de la "gestion de projets" : il n'y a pas de solution miracle, mais un grand nombre de contraintes spécifiques à respecter, en fonction d'objectifs clairement définis. Le travail d'exposition ne s'improvise pas, même s'il se ré-invente souvent. Et c'est un travail aussi chronophage que passionnant.


À vous de voir quelle solution vous correspond le mieux, en fonction de vos attentes, de vos contraintes et de votre budget.


Quoi qu'il en soit, je vous souhaite à tous le plus vif succès dans vos activités artistiques !


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Ressources externes :

Photo : Expositions d'Eliora Bousquet (Salon Créativ'Art Toulouse + Galerie Viaduc des Arts, Paris)