Popissime Carole Bénichou: des œuvres d’art "à consommer" sans modération


1 : Carole dans son atelier - 2 : "Romy Schneider" - 3 : "Kate Brik"

Eliora Bousquet : Bonjour Carole ! J'ai découvert vos œuvres au Carrousel du Louvre, lors du salon "Art Shopping". Attirée par votre stand très "Late Sixties" qui respirait l’énergie et la joie de vivre du "Flower Power", j’ai été saisie à la fois par le dynamisme pop hyper coloré et contrasté de vos créations et le lien étroit, dans votre peinture, avec l’univers de la mode. Vous m’avez confié être Styliste de formation. Comment vous est venue l’idée de faire communiquer, de façon si cohérente et élégante, ces deux univers artistiques différents que sont la mode et la peinture ?


Carole Bénichou : Ma carrière artistique a en effet commencé dans la mode. Cet univers m’a toujours beaucoup inspirée, étant toujours très attentive à tous les courants artistiques. Le lien entre la mode et la peinture s’est tout naturellement imposé à moi comme une évidence. Plus rien ne les sépare vraiment, l’art est partout. Les plus grands couturiers étaient d’ailleurs d’immenses artistes. Les tops models sont devenues de véritables icônes, je m’en suis saisie pour mieux les mettre en lumière à travers une palette de couleurs flamboyantes dans une style toujours décalé et surprenant. Les mondes de la mode et de l’art sont en perpétuel mouvement, c’est en cela qu’ils restent une source d’inspiration inépuisable.


Eliora Bousquet : Emmanuel Kant pensait que : "l'art ne veut pas la représentation d'une chose belle, mais la belle représentation d'une chose". Il semblerait, pourtant, que vous ayez réussi le pari de représenter, de belle façon, les belles choses : vos top models féminissimes, plus vrais que nature, sont aussi "starissimes" : leur côté "BB" ne peut qu’attirer, séduire, subjuguer le regard, à la manière des pin-ups des années 50. En quoi la beauté féminine vous fascine-t-elle au point d’avoir le désir de la valoriser encore dans votre travail ?

1 : "Fashion" - 2 : " My Mondrian" - 3 : "Kate Zoom"


Carole Bénichou : Ce n’est pas véritablement la beauté en tant que concept qui me fascine, mais la manière dont les femmes s’en saisissent pour mieux la déployer. Je travaille, guidée avant tout par mon instinct et mon ressenti. Ce sont, bien sûr, les femmes qui sont ma source d’inspiration principale. Les valoriser dans ce qu’elles ont de plus éclatant, de plus séduisant, mais aussi de plus sensuel, guide mon travail artistique sous toutes ses formes, que ce soit dans la peinture ou la sculpture.


Eliora Bousquet : Vous êtes une artiste complète : vous dessinez, peignez, faites de magnifiques photos et sculptez aussi. Acrylique, collage, photographie, techniques mixtes, graff, arts numériques,… Avez-vous une préférence pour l’une ou l’autre de ces techniques et pour quelles raisons ?


Carole Bénichou : J’aime constamment m’aventurer dans de nouvelles techniques artistiques. Pierre Choutet, Professeur à l’école des Beaux-Arts de Paris, m’a appris à travailler les couleurs et les matières ainsi qu’à développer mon sens de l’observation. Mais, très vite, j’ai voulu expérimenter des nouvelles techniques artistiques, toujours dans un style "Pop-Street" avec une touche de Cubisme. J’ai ainsi intégré la résine, le ciment, la feuille d’or, le bois et le quartz, à mes œuvres. J’aime passer d’une technique à l’autre, avec toujours une palette de couleurs ultra colorées. J’ai également eu le plaisir de réaliser des collaborations avec le sculpteur Franck Tordjmann et, plus récemment, avec la photographe Sabine Sag (voir photo ci-dessous). Tout ceci enrichit constamment ma réflexion artistique.

"Cabane Pop" (Collaboration artistique avec la Photographe Sabine Sag)


Eliora Bousquet : Le pop-art, style pictural en lien étroit avec la publicité, est un mouvement très caractéristique de la société de consommation dans laquelle nous vivons depuis la fin de la 2° guerre mondiale. Les figures iconiques de ce mouvement traitent, avec dérision, de l'impact sur nos vies des "mass médias" et technologies, en donnant un statut d’œuvres d’art à des objets qui font partie de notre quotidien. Je sens, dans votre travail, une certaine ironie, notamment à travers :

  • votre interprétation de la Joconde (voir point suivant : "My Mona Lisa") dont le sourire énigmatique ajoute encore à cette impression de non-dit ;

  • votre tableau "Converse In" ;

  • votre série de tubes de peinture sculptés, qui nous rappelle symboliquement - et non sans humour - aux "véritables fondements" de la peinture.

Avez-vous un message à transmettre au public qui soit en rapport avec la société dans laquelle nous vivons et lequel ?

1 : Carole devant l’oeuvre "Tube-Art Pink" - 2 : "Converse In"


Carole Bénichou : Mes créations nous entraînent dans un monde pictural décalé et surprenant avec toujours plein de gaieté et d’énergies positives ! Voir la vie en couleurs, c’est le filtre à travers lequel je vois notre société.


Eliora Bousquet : Vos portraits irisés sur fond de papier journal semblent faire un clin d’œil aux collages du surréaliste Eduardo Paolozzi. Le papier journal est, par essence, fugace, la durée de vie d’un quotidien d’actualité étant d’un jour. Existe-t-il un lien, dans votre œuvre, entre l’utilisation de ce support et une des pensées fondatrices du mouvement pop art, à savoir que c’est un "art éphémère" ?

1 : "My Mona Lisa" - 2 : "My Brigitte Bardot" - 3 : "My Monica Belluci" - 4 : "My Simone Veil"


Carole Bénichou : Textes et peinture s’unissent sur ces toiles. C’est le mélange des cultures littéraires et artistiques qui m’a inspirée. Une œuvre d’art traverse le temps avec un sentiment d’immortalité. Je dirais donc plus un art éternel, et non pas éphémère .


Eliora Bousquet : Vos œuvres pop-art peintes en couleurs vives et saturées sur fonds de murs de briques noir et blanc, qui nous font voyager dans le centre de New York, ont aussi un côté street-art prononcé. Les cultures pop, urbaine, mais aussi la culture nord-américaine dans son ensemble, semblent être une source d’inspiration permanente. Pouvez-vous m’en dire plus sur cette attirance pour les USA ?

1 : "Bar Rafaeli Brik" - 2 : "Karl Brik" - 3 : "Marilyn Brik"


Carole Bénichou : Mes créations s’inspirent, en grande partie, de la culture pop qui prend son origine dans les années 50 aux USA. J’aime mixer la culture des élites et la culture populaire en transformant les objets de la vie courante en icônes.


Eliora Bousquet : Tout, dans votre œuvre, est empreint de fantaisie. Vous traitez vos sujets de façon à la fois élégante et légère, désinvolte, mais aussi avec un certain degré d’humour, de parodie et de provocation. À les observer de plus près, vos œuvres sont symboliques : elles questionnent et interpellent les spectateurs et - comme Simone Veil qui est une de vos muses - parlent de féminisme. Pour preuves, vos tableaux ci-dessous, dont chacun est libre de faire une deuxième lecture… Dans l'oeuvre "Men" (ci-dessous), cette femme seule, en couleurs, contrastant avec les nombreux hommes en noir et blanc qu’elle observe à travers une fenêtre, ne serait-elle pas la spectatrice avertie d’un monde où les hommes font la loi ? "Tourbillon" ne serait-elle pas une parodie des temps modernes où la femme, aux allures libérées, est pourtant victime d’un vortex sans fin, la reléguant trop souvent au statut d’objet ?

1 : "Men" - 2 : "Tourbillon"


Carole Bénichou : Il n’y a pas de femmes libres. Il n’y a que des femmes qui osent transgresser les tabous. Elles sortent de leurs conventions sociales pour gagner en indépendance et mener une vie selon leurs convictions. Des femmes célèbres m’ont inspirée dans ma démarche artistique. Tant par leur émancipation que par leur liberté de penser et d’action. Le travail rend la femme libre et mon art est ma liberté.


Eliora Bousquet : Richard Hamilton, figure de proue du mouvement côté britannique, caractérisait le pop art comme "un art populaire, éphémère, jetable, bon marché, produit en masse, jeune, spirituel, sexy, plein d’astuces, enchanteur et qui rapporte gros" (*). Je trouve cette définition très réductrice, eu égard à votre créativité, à votre talent et à votre démarche artistique. J’espère donc que votre art illumine et égaye nos vies le plus longtemps possible et j'invite tous les lecteurs de cet article à découvrir davantage votre univers et l’ensemble de vos œuvres. En effet, si elles sont "consommables" au sens pop art du terme, alors elles doivent l’être… sans aucune modération !

Votre signature même, flanquée d’une flèche vers la droite, ne nous invite-t-elle pas à suivre de près votre chemin à venir comme une invitation à tourner, sans cesse une nouvelle page de votre créativité ? Merci Carole.


Eliora Bousquet

Où découvrir les œuvres de Carole Bénichou ?

Carole expose actuellement dans de nombreuses galeries, notamment :

  • Galerie Design By Jaler

  • Urban Gallery

  • Galerie Perahia

  • Artop Gallery

  • Galerie Celia Guedj

  • Galerie 28

  • Singulart

Pour admirer les œuvres de Carole Bénichou en ligne :

Sources :

  • Portrait et œuvres de Carole Bénichou - Tous droits réservés - Reproduction interdite

  • (*) : Traduction de la citation originale "Pop art is popular, transient, expendable, low-cost, mass-produced, young, witty, sexy, gimmicky, glamorous, and Big Business" inscrite dans la "Lettre à Alison et Peter Smithson" du 16 Janvier 1957. Source : Tate.org.uk