Peindre la magie d’un instant

Rencontre avec Marie-Claire Houmeau-Glowicki, Artiste-Peintre professionnelle et Professeur d’art



"Aucune forme d'art ne peut donner d'émotion s'il ne s'y mêle pas une part de réel. Si infime qu'elle soit, si impalpable, cette allusion, cette parcelle irréductible est comme la clef de l'oeuvre. Elle la rend lisible, elle en éclaire le sens, elle ouvre sa réalité profonde, essentielle, à la sensibilité qui est l'intelligence véritable."

Jean Fautrier


Eliora Bousquet : Bonjour Marie-Claire. Lorsque j’ai découvert vos œuvres sur ARTQUID, j’ai tout de suite été fascinée par votre technique parfaite, la précision, la délicatesse et la poésie de vos œuvres. Qu’il s’agisse de carnets de voyage ou de portraits, vos peintures reflètent votre goût du beau, votre perfectionnisme, dans le moindre détail.


L’aquarelle est une technique très complexe, qui ne donne guère droit à l’erreur, notamment lorsque l’on cherche à réserver les blancs, rendre au mieux les effets de lumière, les reflets sur l’eau…


À mon plus grand étonnement, j’ai lu dans votre biographie que vous étiez autodidacte (chapeau bas, au passage !). Comment vous est venue cette passion de l’aquarelle ? Quand avez-vous commencé à peindre et comment avez-vous appris cette technique jusqu’à la maîtriser si parfaitement ? Quel matériel préférez-vous utiliser ? Peignez-vous sur papier sec ou humide ? Avec des godets de peinture ou des tubes ? Pourriez-vous - sans toutefois dévoiler vos secrets - expliquer le pourquoi de vos préférences, votre technique, celle qui rend votre style si personnel, si unique en son genre ?


Marie-Claire Houmeau-Glowicki : Ma passion de l’aquarelle m’est venue tout-à-fait par hasard : un cadeau d’une boite d’aquarelle, tout simplement …


J’ai testé sans prendre de cours, en commençant par le basique : fruits, fleurs, légumes, puis cela été l’architecture : maisons, villages, paysages et pour finir, personnages. J’ai insisté et encore insisté jusqu’au jour où j’ai mis mes premières œuvres en vente sur la brocante de ma commune. À mon grand étonnement, j’ai eu des acheteurs !


J’ai fait cela durant 3 années jusqu’au jour où l’on m’a demandé de donner des cours. À l’époque, j’étais Comptable et n’envisageais pas du tout changer de carrière, mais l’idée a fait son chemin et je me suis lancée. Au bout de deux années j’avais 65 élèves.


J’ai ensuite testé la peinture à l’huile et, sans aucune difficulté, j’ai su maitriser les deux techniques ; mes acquis à l’aquarelle m’ont beaucoup aidée.


Je peins à l’aquarelle avec plutôt une technique sèche, j’utilise des aquarelles en godets.


Chaque pays m’a apporté de nouvelles matières, notamment au Japon : je suis restée très fidèle aux aquarelles japonaises. En chine j’ai découvert les encres : là aussi j’ai opté pour, de temps en temps, travailler avec.


Je crois que le sens de l’observation a été décuplé en faisant de la peinture ; rendre l’effet des matières a été mon premier souci. Regarder, observer, s’interroger pour obtenir le résultat escompté, trouver les techniques ou les moyens d’y arriver, tous ces éléments m’ont poussée pour obtenir ce que je souhaitais avoir au niveau du rendu. Cela représente beaucoup de travail et de ténacité, mais je sais que j’ai encore à découvrir et à partager avec mes élèves.


Eliora : Un grand nombre de vos œuvres offrent au spectateur un dépaysement total qui permet à chacun de rêver en suivant vos pérégrinations, tel un reportage constitué des plus belles photos de vos voyages. J’ai lu que vous aviez visité et même vécu dans un grand nombre de pays, notamment le Japon et la Chine, dont la culture transparaît si poétiquement dans vos œuvres, mais aussi le Danemark et, j’imagine, l’Italie. Vos carnets de voyages sont d’un réalisme surprenant. Comment procédez-vous ? Peignez-vous intégralement vos aquarelles sur place, devant un paysage ou une scène qui vous intéresse ? Ou faîtes-vous simplement un croquis au crayon, que vous terminez ensuite dans votre atelier ? Peut-être travaillez-vous d’après photos ? Si vous peignez dans votre atelier en rentrant de voyage, comment parvenez-vous à transcrire, a posteriori, l’ambiance et la lumière spécifiques à ces souvenirs ?

Marie-Claire : Il est vrai que j’ai beaucoup voyagé et eu des expatriations assez longues pour découvrir les pays, les gens, les mœurs : le Japon, durant 5 années, le Danemark, 2 années, puis la Chine, durant 3 années, sans compter les nombreux voyages qui m’ont appris, là aussi, à observer.


J’ai fait quelques peintures sur le vif, mais nous sommes généralement confrontés aux températures et aux insectes qui viennent se coller sur la peinture à l’huile notamment… Donc je prends mes photos, puis travaille à l’atelier. C’est plus simple pour moi.


Pour transmettre mon ressenti dans mes peintures : là je ne sais pas vraiment, c’est sans doute ma sensibilité qui parle, les émotions que j’ai eues à l’instant où j’ai pris ma photo et que je ressens encore lorsque je fais mon sujet.


Eliora : Vos aquarelles, mais aussi vos peintures à l’huile, ont une force de suggestion et d’évocation saisissante. Elles questionnent et provoquent un grand nombre d’émotions. Non seulement elles semblent raconter au spectateur des histoires que vous avez vécues et avez décidé de peindre pour les partager, les immortaliser, mais elles le rappellent, parfois, à ses propres souvenirs. C’est notamment le cas de vos portraits. Lorsque je parcours votre galerie, j’ai parfois la sensation d’ouvrir un livre de photos. J’ai notamment été émue par ces deux enfants, vus de dos, marchant main dans la main, par le regard espiègle de Maya, par les pleurs de cet enfant qu’on aimerait pouvoir consoler, par ce gamin faisant des bulles de savon, par ces deux japonaises faisant leurs emplettes, dont on imagine presque la conversation, par ces deux "élégantes" dont l’expression et le regard charmeur de l’une vous interroge, telle la Joconde, ou encore par ce vieil homme Chinois au visage si empreint de sagesse qu’on aimerait faire sa connaissance. Comment parvenez-vous à rendre la magie de ces "instants volés au temps" ?

Marie-Claire : Là vous parlez de mes petits personnages, chaque portrait est pour moi un instant de vie et des émotions. "Maya" est une histoire d’un moment, d’un regard que cette petite fille m’a donné au Cambodge… dans un contexte difficile pour elle ; ses parents étaient briquetiers.


Ce gamin faisant des bulles de savon, c’était au Japon dans un jardin ; j’ai vu, capté et mis cet instant en peinture.


Ce chinois, c’est dans une rue de Shanghai que je l’ai croisé. Son regard m’a vraiment interpellée, je lui ai demandé s’il voulait bien que je le prenne en photo et lui ai offert, en échange, un gentil petit repas. Lui comme moi avons savouré cet instant.

Tous mes personnages ont provoqué une émotion vive : donc j’essaie de les retransmettre dans mes tableaux et de d’en faire le partage avec celui qui regarde mes œuvres.


Eliora : Vous peignez à la fois à l’aquarelle et à l’huile. Avez-vous une préférence pour l’une ou l’autre de ces techniques et pourquoi ?


Marie-Claire : Je n’ai aucune préférence en matière de technique, c’est au bon gré de mon humeur. Tout sujet peut être peint à l’huile comme à l’aquarelle ; je reste cependant fidèle à ces deux techniques car, faute de temps, je ne peux m’exercer sur une autre matière, ce que je regrette parfois…. Il y a tant de choses à peindre !!! Le temps est mon ennemi…


Eliora : Mon blog est destiné à d’autres artistes : amateurs, professionnels ou en devenir. Quels conseils donneriez-vous à une personne qui souhaiterait se mettre à la peinture ? J’imagine qu’il faut de nombreuses heures et années de travail, quelle que soit la technique.


Marie-Claire : Mon conseil serait - comme je l’ai dit précédemment - de prendre le temps d’observer, de décortiquer son sujet et d’avoir beaucoup de ténacité.


La première chose que je fais avec mes élèves, c’est de leur montrer comment sont les éléments qui veulent peindre. Je vais souvent leur montrer comment sont, par exemple, les nuages, les arbres (qui laissent toujours passer la lumière), les murs qui ne sont jamais totalement propres, etc…

Mais surtout et avant tout : mettre de la lumière dans leurs œuvres. La lumière est la clé pour rendre la vie à une toile ou une aquarelle !


Je suis une passionnée, et cette passion passe sans doute dans mes œuvres. Mais le plus important pour moi, c’est d’en faire le partage avec ceux qui regardent mes toiles et mes élèves : transmettre, donner : c’est ma vie ….


Eliora : Merci, Marie-Claire, d’avoir accepté cette entrevue destinée à valoriser votre travail d’artiste. Je ne doute pas qu’elle donne à de nombreuses personnes l’envie de découvrir cette passion qui nous est commune en tant qu’artistes professionnelles : la peinture, sous toutes ses formes. Je vous souhaite le plus vif succès dans votre art, ainsi qu’une inspiration et une créativité toujours aussi fertiles !