Exercice de scotomisation : Torero, le Roi de l'Arène...

Ce qui m'attire le plus dans l'art abstrait, c'est que, devant une même oeuvre, des personnes verront presque toutes des choses différentes, parfois très proches, parfois très éloignées du message que l'Artiste a voulu faire passer en peignant sa toile. "L'esprit voit ce qu'il veut voir", c'est ce que l'on appelle la "scotomisation".


L'aviez-vous remarqué ? Souvent mes tableaux (tout comme mon logo), se lisent différemment selon le sens dans lequel on les regarde et ce, afin de démontrer qu'il existe toujours deux façons de voir les choses et que, de fait, il est presque impossible de considérer une idée comme acquise ou de "cataloguer". Parce que les symboles me passionnent, mes oeuvres sont codées : elles abritent un message, une énigme, que le spectateur est invité à découvrir.


Torero, le Roi de l'Arène


Bien que ce tableau soit totalement abstrait, si vous le regardez dans le sens normal (photo 1) vous y voyez (peut-être) un fier toreador en pleine action, faisant virevolter sa "muleta" comme un lasso, dans son "habit de lumière"...

PHOTO 1 (tableau à l'endroit) - PHOTO 2 (tableau à l'envers)


Mais lorsque vous retournez ce tableau à 360° (photo 2), l'image et le symbolisme changent radicalement. Ce n'est plus un toreador virevoltant que vous voyez, mais un chacal, à la langue de serpent, aux allures d'Anubis, couché, enveloppé dans la muleta du toreador et peint dans un mouvement descendant.

Ce tableau dénonce l'horreur de la tauromachie que je considère (pardon pour les aficionados, ce n'est qu'un avis personnel), comme "la mort donnée en spectacle". Il a pour but de faire réfléchir les spectateurs sur le sens des choses que l'on trouve "normales", parce que "traditionnelles", "acquises", faisant partie d'un patrimoine, preuves d'une certaine "civilisation"...


Mes couleurs ont aussi une symbolique particulière :

  • le violet, couleur de la tempérance, de la juste-mesure, des secrets, indique le côté sacré de la vie qu'on ne doit pas prendre "à la légère" (c.f. mouvements de la muleta) ;

  • le rouge-sang représente la destruction violente et inconsidérée de cette vie ;

  • le rose, l'insouciance ("voir la vie en rose"), la non-remise en question des choses et de soi-même ;

  • les touches de vert font un clin d'oeil à la littérature espagnole (Lire "La luna verde" de Federico Garcia Llorca) où cette couleur est associée à la mort ;

  • le jaune d'or, la connaissance secrète du bien et du mal : tout en sachant que l'on met à mort un animal, on va pourtant au spectacle...

Ma question : peut-on considérer la mort d'un animal comme une fête et applaudir lorsque ce dernier tombe à terre ? Et dans ce cas, qui est "l'animal" ? Le taureau qui n'a d'autre choix que de se prêter à ce jeu macabre ? Ou l'homme qui tue impunément, dans le seul but d'accomplir ce qu'il considèrera plus tard comme un "exploit" ? C'est à vous de juger…